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Pierre Viénot

PIERRE VIENOT,

  Député des Ardennes,
  diplomate et résistant

Par Gérald Dardart.
Université Paris-IV Sorbonne.




Ardennais illustre, méconnu chez lui, tel se présente aujourd'hui Pierre Viénot. Ancien député des Ardennes, il jouit d'une grande réputation en Allemagne, au Maroc, en Tunisie, en Syrie et au Liban. Des pays où bon nombre d'études, d'articles, de mémoires universitaires rendent hommage à l'oeuvre de Pierre Viénot. Dans les pays arabo-musulmans, le nom de Pierre Viénot est indissociable du combat pour l'indépendance. En Allemagne, des chercheurs, comme le Professeur Hans Manfred Bock, ont souligné sa tentative ambitieuse de rapprocher la France et l'Allemagne durant l'entre-deux-guerres. Par ailleurs, les biographies de Bourguiba, Lyautey, de Gaulle, Churchill, Blum font largement référence à Pierre Viénot... Puisqu'il a côtoyé les Grands de ce XXème siècle. Par contre, dans les Ardennes, peu d'Ardennais ont su rendre hommage au combat du Député de Rocroi. Toutefois, citons les textes de deux Ardennais : Fernand Vallaud et Gérard Giuliano. Le premier, tous les 20 juillet (jour anniversaire du décès de Pierre Viénot) de 1945 à 1959 , produisait un article dans "L'Ardennais" sur son ami ; le second publia une excellente étude dans la revue "Terres Ardennaises".

1897-1997

Pierre Viénot est né à Clermont dans l'Oise en 1897. Après des études au Lycée Janson-de-Sailly à Paris, il s'engage en 1915 dans l'armée. Il a 17 ans. Dans la nuit du 14 au 15 juillet 1918, il est grièvement blessé à la nuque par un éclat d'obus à Villers-Cotterêts. Il souffrira de cette blessure tout au long de sa vie.

Lyautey l'appelait "mon fils"

Après la guerre, il termine ses études et s'inscrit en faculté de droit. En 1920, il part à Rabat pour devenir le secrétaire particulier du cabinet civil du Maréchal Lyautey, alors Résident Général au Maroc. Une amitié solide va naître entre les deux hommes. Lyautey l'appellera volontiers dans sa correspondance : mon fils. Le grand militaire a su constituer autour de lui une petite équipe d'intellectuels entièrement dévouée à sa cause, une sorte de brain-trust - lui, dira : mon usine - où l'on trouve des personnages comme André Lichtenberger, Paul Desjardins, André Gide, Félix de Vogüe, Wladimir d'Ormesson... Toute sa vie, Pierre Viénot restera en contact avec le monde des intellectuels.

Pionnier de la construction européenne

Dans les années 20, des esprits éclairés nourrissent le souhait de voir Français et Allemands se rapprocher et se comprendre. De 1923 à 1925, Pierre Viénot effectue plusieurs séjours linguistiques en Allemagne afin de préparer le concours d'entrée au Quai d'Orsay. Il est frappé par l'Himalaya d'incompréhension qui sépare l'opinion française de l'opinion allemande. Il construit alors un projet d'échanges et d'études culturels. Il rencontre lors d'une décade de Pontigny - du nom d'une Abbaye cistercienne désaffectée de l'Yonne où se réunissent des intellectuels oeuvrant pour le rapprochement franco-allemand - une dame de grande culture Aline de Saint-Hubert, épouse d'Emile Mayrisch, un puissant maître de forges luxembourgeois. Ainsi, va naître le Comité Franco-Allemand d'Information et de Documentation (le C.F.A.I.D.), aussi appelé le Comité Mayrisch.
Pierre Viénot C'est lors d'une décade de Pontigny, en 1923, que Pierre Viénot rencontre sa future épouse, Andrée Mayrisch, la fille d'Emile Mayrisch et d'Aline de Saint-Hubert. Le C.F.A.I.D. ouvre deux bureaux, l'un à Paris dirigé par un Allemand, l'autre à Berlin dirigé par Pierre Viénot. Les bureaux travaillent à corriger les informations erronées et publiées dans la presse qui pourraient exacerber les passions de part et d'autre du Rhin. Pierre Viénot restera en Allemagne de 1923 à 1929. A la suite de quoi, il écrira son ouvrage "Incertitudes Allemandes", "un petit chef d'oeuvre d'intelligence et de lucidité" écrira Wladimir d'Ormesson. Le comité échoue dans son entreprise devant la crise économique et la montée du nazisme.

Député des Ardennes

En 1930, Pierre et Andrée Viénot viennent vivre dans les Ardennes. Les Viénot louent tout d'abord un appartement dans la rue du Petit-Bois à Charleville, puis vont vivre à Chooz. Là, ils font construire une superbe maison le long de la Meuse, dans le quartier du Petit-Chooz. Aux élections législatives de mai 1932, Pierre Viénot, l'inconnu, est élu député de Rocroi ! Il forme alors une équipe dynamique avec Fernand Vallaud, son secrétaire et Juliette Régnier, la Ju, sa dactylo. Juliette Régnier, toute sa vie, témoigna de la gentillesse et de la simplicité de Pierre Viénot. Vallaud et Régnier seront plus tard les principaux rédacteurs du quotidien "L'Ardennais" . Sa permanence parlementaire de Rocroi ne désemplit pas : on y voit très souvent Paul et Georges Peuble (les futurs responsables du maquis de Rocroi), Armand Malaise (syndicaliste, instituteur à Nouvion-Sur-Meuse et résistant), Nestor Viot (futur Président du Comité de Libération de Charleville), Albert Anciaux de Fumay... En 1931, Pierre Viénot défend les ardoisiers, victimes de la crise. Le chômage est total dans le bassin fumacien...

Ministre

Réélu aux élections législatives de 1936, il est appelé au premier gouvernement du Front Populaire, pour occuper le poste de sous-secrétaire d'Etat chargé des Mandats (Syrie et Liban) et Protectorats (Maroc et Tunisie). Il profite des mêmes attributions qu'un ministre. Sa tâche est bien définie, mais loin d'être aisée : mettre sur la voie de l'indépendance les pays dont il a la charge. Au Levant, Pierre Viénot il négocie pour que cesse la violence. Un traité franco-libanais est signé le 13 novembre 1936 ; puis un traité franco-syrien le 22 décembre 1936. Malheureusement, ces traités - qui assuraient la paix au,Proche-Orient - ne seront jamais ratifiés par le Parlement français... En Tunisie, il prononce un discours historique à Radio-Tunis, le premier mars 1937 : certains intérêts privés des Français de Tunisie ne se confondent pas nécessairement avec l'intérêt de la France. Il deviendra ainsi un ami de Bourguiba, mais il sera sévèrement attaqué par les "Prépondérants" , ces riches colons français. Pendant la guerre d'Espagne, il milite pour l'aide de la République française à la République espagnole, attaquée par les Franquistes. En vain.
Le 22 juin 1937, le cabinet Blum tombe. Il ne sera pas des prochains gouvernements. Il doit d'ailleurs rester alité plusieurs mois et suivre des cures en sanatorium. Il subit les séquelles de sa blessure de 1918.

Résistance

guerre A la déclaration de guerre, en septembre 1939, notre député s'engage dans l'armée. Mais en avril 1940, il est chargé de diriger les émissions de radio nationale à destination de l'Allemagne. En juin 1940, dans un dernier message radiophonique en allemand, il apostrophe le peuple victorieux : Vous gagnez des batailles. Quoiqu'il arrive encore, vous ne gagnerez pas la guerre. Vous ne pouvez pas la gagner ! Quels accents gaulliens ! Refusant l'armistice, il s'embarque pour l'Afrique du Nord sur le paquebot Massilia avec 26 autres parlementaires jusqu'au-boutistes dont Gabriel Delattre, le député radical-socialiste de Sedan. Il n'y a pas de meilleurs Français que les Ardennais, écrivait Michelet !
Seulement, il est arrêté en débarquant à Casablanca pour désertion ! Après cinq mois de prison préventive, il est condamné par le Tribunal de Clermont-Ferrand à huit années de prison avec sursis. En mars 1941, il crée un nouveau parti politique, le Comité d'Action Socialiste (le C.A.S.), en étroite relation avec le mouvement de Résistance "Libération". Il est arrêté une seconde fois, emprisonné, puis placé en sanatorium surveillé.

Londres

France Libre En mars 1943, il s'évade. Le 27 avril ; il est à Londres. Le 11 septembre, il est nommé par les généraux Giraud et de Gaulle, ambassadeur du Comité Français de Libération Nationale auprès du gouvernement britannique. En fait, Pierre Viénot sera le trait d'union entre deux personnages d'humeur exécrable : Charles de Gaulle et Winston Churchill. Pierre Viénot joue un rôle déterminant dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, la nuit la plus longue. Il contribue, par ailleurs ; à faire échouer le projet de l'A.M.G.O.T. en France (Allied Military Govemment for Occupied Territories). Le 14 juin 1944, le Général de Gaulle et Pierre Viénot débarquent sur une plage près de Courseulles... Quatre années après, jour pour jour, l'entrée des Allemands dans Paris ! Le général de Gaulle est accueilli à Bayeux, par une foule en délire ; il est alors reconnu par les Français comme le seul à incarner la souveraineté et l'indépendance nationales... C'en était fini du projet de l'A.M.G.O.T..



Mais Pierre Viénot ne retrouvera pas sa terre d'Ardenne. Il meurt, à Londres, terrassé par une crise cardiaque le 20 juillet 1944, à l'âge de 47 ans. Un monument fut élevé en 1954 à Revin pour commémorer son combat. Il repose au cimetière de Chooz, au côté de son épouse.

Pierre Viénot

Pierre Viénot

Les hommages de Fernand Vallaud, rédacteur en chef de l'Ardennais, dédiés à son ami Pierre Viénot.





Gérald DARDART.







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