L'homme

Biographie

Bibliographie
Charles Bruneau

CHARLES BRUNEAU

Un Calcéen Universitaire,
Grammairien
et Philologue français

Par Gérald Dardart.
Université Paris-IV Sorbonne.

Enfant, il parcourt l'Ardenne

Charles Bruneau, issu d'une très ancienne famille givetoise, est né au Petit-Chooz le 19 novembre 1883, d'un père receveur à l'Enregistrement. Suivant ses parents, il passe une jeunesse itinérante, successivement à Chooz, Poix-Terron, Signy-l'Abbaye, Rumigny, Novion. Charles poursuit des études secondaires à Reims, puis au Lycée Lakanal de Paris, où il a pour condisciple Giraudoux. Il obtient une licence ès Lettres en Sorbonne. Il suit le séminaire de dialectologie de Jules Eillicron à l'Ecole Pratique des Hautes-Etudes. En 1906, il est nommé professeur d'abord à Evreux, puis, en 1910, à Reims. Il demeure dans la capitale champenoise jusqu'en 1913. Durant ce temps, il parcourt le département des Ardennes et en profite pour étudier les dialectes de 93 villages ardennais.

Archiviste de la Parole

En 1911, Bruneau soutient une thèse en Sorbonne sur les patois d'Ardenne. L'année suivante, entre le 25 juin et le 18 juillet 1912, il enquête dans plus de 20 localités avec des moyens révolutionnaires pour l'époque : il s'agit de faire le tour des 20 villages ardennais en limousine noire (louée par l'Université de Paris ! ) et d'enregistrer de vieux patoisants au moyen du phonographe "Pathé". Une moisson de patois, inédite en France ! Enfin, en 1913, il enseigne les Lettres au Lycée de Reims.

Un Poilu de la Grande Guerre

En 1915, il est envoyé comme simple poilu du 132ème de Ligne sur le front de Champagne. Il y sert en qualité de téléphoniste. Courageux, il est cité trois fois à l'ordre de sa division. Démobilisé, il revient à Nancy où sa titularisation est acceptée en 1923 sur le poste de professeur d'histoire des parlers lorrains à l'Université. En 1919, il épouse la fille de l'historien littéraire Edmond Estève, son ainé à la faculté des Lettres de Nancy. Durant sa période lorraine, il collabore à de nombreuses revues à l'instar du Pays Lorrain et des Annales de l'Est et publie quantité d'ouvrages (voir ci-dessous).

Un universitaire globe-trotter

En 1929-1930, il est nommé professeur-visiteur à Brunswick, aux Etats-Unis, dans le Maine. 1934 voit obtenir sa chaire d'histoire de la langue française à l'Université de Paris, en Sorbonne, où il succède à son maure Ferdinand Brunot. En 1937 et 1946, il séjourne à l'Université de Varsovie. En 1938, Ferdinand Brunot, auteur de la monumentale Histoire de la Languefrançaise, meurt, et Charles Bruneau, son disciple, termine l'oeuvre. A la veille de la déclaration de guerre de septembre 1939, il intervient à l'Université de Montréal au Canada. Durant l'occupation, il entre dans la Résistance, il sera arrêté par les Allemands et incarcéré à la prison de Fresnes. De 1949 à 1950, il publie des chroniques sur la langue française dans le quotidien Combat. Il devient Recteur de l'Université de Bordeaux. Il enseigne durant l'année 50 à l'Université de Yale aux Etats-Unis. Il est promu Docteur honoris causa des Universités de Durham et de Louvain. En 1953, il entre comme membre associé à l'Académie Royale de Belgique.

Une bibliographie extraordinaire

Charles Bruneau est l'auteur d'une oeuvre considérable :

- "Le Flave en patois de Sécheval" dans   Revue d'Ardenne et dArgonne , septembre 1910
- "Notes sur le folklore de Cons-la-Grandville" dans   Revue d'Ardenne et dArgonne , 1910
- Il collabore à la   Revue d'Ardenne et D'Argonne   et à la   Revue Historique Ardennaise , en 1912, afin d'informer les érudits locaux des résultats de l'enquête menée suite aux enregistrements des patoisants.
- Il collabore à l'ouvrage collectif:   Atlas linguistique de la France   (1900-1912).
- Etude phonétique des   patois d'Ardenne , Paris, 1913.
La Limite des Dialectes wallon, champenois et lorrain en Ardenne  , Paris, 1913.
- Introduction à Trente-deux chartes de Mézières originales en langue vulgaire , Paris, 1913.
- Enquête linguistique sur les patois d'Ardenne , Paris, tome 1 (1914), tome 2 (1926).
- Charles d'Orléans et la poésie aristocratique , Lyon, 1924.
- Il édite entre 1927 et 1933, à Metz,   La Chronique de Philippe de Vigneulles .
- Manuel de phonétique pratique , Nancy, 1927.
- "Le patois de Rimbaud" ,  La Grive , avril 1947.
- Deux tomes de la monumentale   Histoire de la langue française , dirigée par F. Brunot, (t. XII 1948 - tXIII lie partie 1953).
- De 1933 à 1949, il révise, corrige et refond entièrement :   le Précis de grammaire historique de la Langue française , Paris, 1949.
- "Le Vin des Cavernes", dans   La Grive , 20 octobre 1954. A ce moment, il préside aux destinées de la Société des Ecrivains Ardennais.
- La Grive, juillet 1954
- "Discours", dans   La Grive , janvier 1955.
- Petite histoire de la Langue française , Paris, tome I (1955), tome II (1958).


Après cette oeuvre considérable, Charles Bruneau s'éteint à Paris le 5 août 1969, à l'âge de 86 ans.Depuis quelques années, un "Institut Charles-Bruneau", installé à CharlevilleMézières, entreprend l'étude des dialectes ardennais. Ce groupe de recherches, dirigé par M. Michel Tamine, publie une revue réservée aux patois de la contrée depuis 1985.
Charles Bruneau est l'un des plus grands universitaires ardennais. Partout dans le monde, il a porté haut les couleurs de son Terroir natal. Il restera, pour des milliers d'étudiants ardennais, un exemple de persévérance, d'attachement et de respect vis-à-vis de ses racines.

Une famille Bruneau est connue à Sedan. En effet, Jean-Paul Bruneau, un officier qui s'est distingué durant la guerre de 1870, est promu Général de Brigade en 1902. Il a notamment oeuvré en Algérie et Tunisie entre 1885 et 1895. Les Bruneau de Sedan sont-ils apparentés à ceux de "la pointe" ? Une étude généalogique précise pourrait nous éclairer sur ce point.

Gérald DARDART.