Liste des prêtres

Essai sur l'église de Chooz

Chooz... Nous voici sur la place de l'église !...

Le monument érigé à la mémoire des morts de la guerre 14-18, puis des soldats morts (et victimes civiles) en 39-45 était plus proche de l'église qu'il ne l'est aujourd'hui. En effet, le dessin actuel de la place (rendu nécessaire par la circulation) remonte à fin décembre 1971-janvier 1972, sous le mandat de maire du Général René Morlet (1).

avant
Eglise avant
après
Eglise après

L'importance de l'édifice religieux, avec les Roches en toile de fond, témoigne de l'importance du village, en tout temps... Un exemple : le 6 avril 1790, se tient... en l'église paroissiale... l'Assemblée primaire du canton de Chooz (district de Rocroy). Le canton comprenait Chooz (le chef-Iieu) Fromelennes-Flohimont, Aubrives, Foisches, Vireux Wallerand, Vireux St Martin, Rancennes, Charnois, Ham, Hierges, Landrichamps (2).

Avec ses 34 mètres environ, (3). le clocher domine le village... Et tous les quarts d'heure, le son de ses 3 clochettes (plus une au-dessus) extérieures ponctuent nos journées... La flèche bulbeuse en son milieu fait penser aux siècles de la Renaissance. En nous approchant, souvenons-nous que nous nous trouvons sur "l'antique champ du repos". En 1897, restaient encore quelques tombes... Les premières sépultures de ce que, nous, nous appelons l'ancien cimetière sont datées de 1875. Si l'on en juge par le toit et par les deux tourelles flanquées au portail, il semble que le monument n'a pas été construit en une seule fois...

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La grand'porte d'aujourd'hui date de 1961 (4). Juste au-dessus, nous relevons l'inscription :

"reMlglo Laetl"
DICabant Choenses

...Le plus connu des chronogrammes ("art d'écrire une date au coeur des mots") de la pointe de Givet !... une mode en faveur au XVlle et au XVllle siècles aux Pays-Bas espagnols.

L'addition des lettres numérales :
M + I + I + L + I + D + I + C +C, soit 1000 + 1 + 1 + 50 + 1 + 500 + 1 + 100 + 100, donne le résultat : 1754.

C'est en 1754 qu'a été réalisée la gravure qui rappelle l'évènement : "Les Calcéens dédièrent dans la joie leur église à Saint Remi" (5).

Levons les yeux et admirons la statue en pierre bleue, de St Remi (1,59 m de hauteur, 750 kg) logée dans une niche. Celle-ci est-elle, toujours, restée vide ?...

Cette statue a été inaugurée par Michèle Marquet, maire, le 5 octobre 1996. Elle est l'oeuvre du sculpteur Siob, un artiste originaire des Charentes. Ce dernier a installé son atelier à Feschaux, en Belgique, tout près de la frontière. Et la commande et la pose de la statue résultent de la volonté de la Municipalité qui a eu à coeur de compléter l'ouvrage des bâtisseurs de l'époque. Elle a été bénie, le même jour, par l'Abbé Rousseaux, prêtre de la Paroisse Nouvelle de la Pointe.

Notre regard s'élève vers le cadran central et les deux cadrans latéraux : ils datent du XIXe siècle. Chaque ouie (1,80 m de hauteur et 1 m de largeur) laisse s'envoler le son de la cloche... (6).

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Entrons dans l'église par le vestibule (3,30 rn de largeur et 5 rn de profondeur)...

A gauche, une porte donne accès à la tribune par 22 marches (6). Nous sommes fiers de l'orgue installé en mars-avril 1991... Une bien belle histoire !... Jugez plutôt : un couple anglais, invité par des amis de Chooz, visite l'église. Il leur apparaît que la nef ressemble à celle d'un ancien couvent de Norwich (une très ancienne ville d'Angleterre, comté de Norfolk), reconverti en école privée. Et dans ce couvent, dort profondément un orgue qui date du début du siècle. L'idée fait son chemin... La Municipalité donne son accord et voilà l'orgue de Norwich... qui arrive à Chooz, en pièces détachées. Et voilà que Ralph et Sandy (le couple anglais) arrivent, eux aussi, accompagnés d'un facteur d'orgue pour le montage et le réglage... Vraiment, nous sommes fiers de "notre" orgue !...

Continuons... 17 marches pour arriver à l'ancienne horloge ! L'installation de la sonnerie électrique des cloches date de 1966 (4).

Encore 19 marches... et nous voici auprès de la cloche du village . Elles étaient plusieurs avant la Révolution. Elle sonne l'Angélus à 8 heures, midi, 18 heures.


Provient de la fonderie de cloches c. Wauthy- Douai - Nord
Je suis dédiée à Ste Jeanne d'Arc, libératrice de la France
J'ai remplacé en 1922 Alphonse Varenne étant maire
et Justin Saurens, Chevalier de la Légion d'Honneur, curé
La cloche donnée par les habitants de Chooz en 1833,
mais brisée par les Allemands en 1918
Mon parrain a été Octave Dahout, Chevalier de la Légion d'Honneur
Ma Marraine Marie Servais, née Sohet


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Rappelons que le 4 septembre 1870, après la défaite de Sedan, Gambetta fit proclamer la déchéance de Napoléon III. Puis, il fit proclamer la République et la constitution d'un gouvernement provisoire, dit de la Défense Nationale dont il fit partie comme Ministre de l'Intérieur et de la Guerre. Il fut demandé "à tous les conseils de fabrique d'églises paroissiales et consistoires protestants"..."de donner volontairement les cloches pour la fonte des canons", par lettre de Léon Gambetta, datée de Tours et du 10 novembre 1870 (7).

Chooz, avec son caractère indépendant, refusa au même titre que Charlemont et St Hilaire de Givet !...

L'essentiel de la réponse du Conseil de fabrique de l'église (27 novembre 1870) est le suivant "...ne possédant qu'une cloche, il ne pourrait s'en priver sans jeter la perturbation dans le service de la paroisse et même de la commune..." (7).


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Voici l'inscription qui figurait sur cette cloche, si bien défendue...


J'appartiens aux habitants de la commune de Chooz
Dans mon temps j'ai eu pour Maire Monsieur de Sugny
et qui avaient pour Curé M. C. Collard.
J'ai eu pour parrain Louis Désiré Servais et pour marraine
Françoise Adèle Lambert
Dédiée à St Remy patron de la paroisse de Chooz
au-dessous (Sud) Un crucifix (en relief)
(Nord) Image de St Remy (en relief)
J'ai été faite par le P. Etienne Regnaud anno 1833

(6)



Redescendons et entrons dans l'église. Une belle et grande église : la nef profonde de 16 mètres, le choeur 8,50 rn de profondeur et 8,90 de largeur, le vestibule... 16 + 8 + 5 soit environ 30 m sur 10.

Juste à la hauteur du bénitier droit, une plaque de granit , en forme de guitare, à la mémoire du Père Kaivers, a été inaugurée le 15 novembre 1998 par Michèle Marquet, maire et bénie par J'Abbé Rousseaux, prêtre de la Paroisse Nouvelle 8t Charles Borromée.

Pourquoi les habitants de Chooz, soutenus par la Municipalité, ont-ils voulu perpétuer le souvenir de ce prêtre de la Compagnie de Jésus, décédé le 30 mars 1998 ? Professeur au Collège 8t Michel d'Etterbeek (Bruxelles -Belgique), le Père Kaivers est venu, pour la première fois, dans notre village pour participer à la kermesse paroissiale organisée par un de ses anciens professeurs, le Père George. Et, pendant 37 ans, lors des vacances de Noël, de Pâques, des camps d'été, le Père a "pris les jeunes par la main et par le coeur" et il a partagé la vie de nos familles.

De l'ordre des Jésuites également, le Père George venait de l'Institut missionnaire de Namur. Prêtre résident d'Aubrives depuis deux ans, il a pris en charge...

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en plus... la paroisse de Chooz, fin 1956, en remplacement de l'Abbé Mouffranc. Le Père George, lui aussi, a marqué notre village par ses qualités humaines et son talent de prédicateur. En 1982, il a pris sa retraite pour des raisons de santé ; il ne manquait pas de nous "visiter" lors de ses retours annuels en Belgique ! Le Père George est décédé le 14 septembre 1995.

Mais... reprenons notre découverte... Toujours sur la droite, se trouvent les fonds baptismaux.

Une seule demi-cuve baptismale en pierre bleue de Givet émerge du mur qui enchâsserait l'autre partie... ou bien, celle-ci était-elle cassée ?... ou bien, la place attribuée au lieu du baptême était-elle trop exigüe ?... (8).

En Genèse 2, 10-14, nous lisons la description du paradis terrestre : "Un fleuve sortait d'Eden pour irriguer le jardin ; de là il se partageait pour former quatre bras : Pishôn, Guihôn, Tigre, l'Euphrate." Nous retrouvons le thème du fleuve paradisiaque fertilisant la terre entière comme le suggère le chiffre 4, symbole d'universalité. Personnalisés, ils deviennent symbole de sagesse, fécondité spirituelle, intelligence et connaissance de Dieu : la grâce donnée par le baptême. Les deux têtes apparentes de la cuve rappellent aux croyants le fondement de la foi (8).

Une armoire dissimule une porte latérale , comme dans les anciennes églises, visible de la Mairie.

A gauche de l'entrée, une plaque rappelle aux visiteurs les noms des morts de 1914-1918.

Levons la tête vers le fond de l'église... Une Nativité : peinture sur bois que l'Abbé Antoine (6). attribue au même auteur que le retable de Ham (1590, sous le pastorat de Jean de Bien), La mise au tombeau , peinture sur toile... J'ignore sur quel matériau est peinte La crucifixion (juste au-dessus de l'orgue) : un tableau de belles dimensions. Sans doute, ces oeuvres mériteraient-elles d'être restaurées !...


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Remontons la nef bien éclairée par des vitraux modernes . Le vitrail central représente Jésus crucifié avec, au pied de la croix, Jean, Marie et Marie-Madeleine... C'est aux alentours de 1958 (4). que le Père George a remplacé les anciens vitraux, sans grande valeur artistique...

Les voûtes de la nef datent de 1704 ; une seule allée bordée d'une double rangée de bancs nous conduit dans l'église. Des statues de saints dont nous reparlerons plus tard et les 14 tableaux sculptés du Chemin de Croix ponctuent notre marche... Et voici, sur la droite, la chaire de vérité avec en vis-à-vis le Christ en croix . Nous remarquons un Crucifix posé sur le rebord de la chaire. Ce Christ, d'une hauteur de 75 cm environ, a été offert à l'église par Madeleine Courtois, née Frénois, peut-être entre les années 1950 et 1960. Un Christ en métal, posé sur du contreplaqué sculpté, avec une lance, une échelle appuyée à la croix, sur la droite. Et, de l'autre côté, en miniature bien sûr, le roseau muni d'une éponge qui, trempée dans une boisson vinaigrée, servit à donner à boire à Jésus, juste avant sa mort.

Voici quelle pourrait être l'origine de ce Christ : Madeleine Courtois en aurait hérité de sa mère, Adelaïde Frénois, née Joignaux. Et il se trouve que le frère d'Adelaïde surnommé "Djandjau" (?), était bedeau à Givet... Un aller-retour le matin, à pied, pour la messe ; un aller-retour l'après-midi, pour les vêpres ! (9). Je ne connais pas la valeur artistique de ce Christ mais nul doute que, pour Madeleine, il avait une grande valeur sentimentale !...

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Il est intéressant de découvrir et de déchiffrer les pierres sépulcrales usées par le temps. Au niveau de la chaire, du 2e au 4e banc :


Hodie mihi-cras tibi
icy gist le Sieur Jean
Higuet en son temps
mayeur et eschevin
de Chooz décédé le
10 mars 1704. Priez
Dieu pour son âme
Requiescant in pacea. Amen

Et du 3e au 5e banc avant la chaire, contre le mur, une dalle rappelle le souvenir de Jean Barquin, mayeur, par quelques inscriptions presque illisibles. Une date certaine : 1632. Virginia de Barquin pense qu'il s'agit de la date de naissance de son lointain aïeul, lequel serait décédé le 24 juin 1696 (10).

A gauche de l'allée, juste devant le 1er banc, une pierre commémore le souvenir d' un enfant d'un mois , Jean Lamoral, décédé le 11 février 1670 (ou 1675 ?).

Suivent ensuite deux grandes dalles mortuaires, sans inscription.

Nous voici devant le chœur . De chaque côté, bien dégagés du mur, deux autels en bois : 2 mètres de longueur sur 1 mètre de hauteur. Et, simplement posées sur chaque autel, deux statues en bois : la Vierge à gauche, Saint Remi à droite.

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Avançons dans le choeur... Les dimensions du maître-autel , en pierre de Saint Dizier, sont les suivantes : 2,50 m de longueur et 1 m de largeur. Admirons le beau tryptique représentant, à gauche et à droite, les symboles de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance et, au centre, Jésus à Gethsémani. Il prie "Si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite !..." (Matthieu 26, 42). Dieu le Père est personnifié par l'Ange (11).

Le maitre-autel est supporté par trois marches en pierre blanche. Deux colonnes en bois encadrent le vitrail central.

Le tabernacle en pierre a été mis en valeur, sous l'impulsion du Père George, par une porte vitrée et un éclairage intérieur.

Des dalles de marbre au sol, les stalles et les boiseries de chaque côté complètent le choeur. En regardant vers la nef, nous remarquons, aussi, des boiseries.

Les travaux de peinture, le remplacement des boiseries, la modernisation de l'éclairage ont commencé en septembre 1986. Ils ont été inaugurés à la Pentecôte 1987 (1). au cours d'une messe concélébrée par Monseigneur Lacrampe, évêque auxiliaire du diocèse de Reims-Ardennes à l'époque et évêque d'Ajaccio aujourd'hui, les abbés Fabry, Pinard et Féron. Le maire, Claude Fiolin, et ses conseillers, les artisans impliqués dans cette restauration pour leur savoir-faire, tous ont participé à cette Eucharistie.

Ne nous y trompons pas : si les choristes, les musiciens... les sonneurs de cor (comme le 3 novembre 1998) aiment à se produire dans notre église, cela est dû à la hauteur des voûtes (environ 11 mètres) et aux boiseries : l'acoustique est parfaite ; la preuve ?

Le 19 février 1998, la Chorale Etienne-Nicolas Méhul, dirigée par Dominique Jaillet, est venue chanter "Aragon Castille" (Boby Lapointe/Etienne Lorinx). L'enregistrement fait partie de "Chorales et ensembles vocaux en France" (volume Champagne-Ardenne), sous la forme d'un CD et d'une cassette. J'ai eu la chance d'être présente dans l'église et de bavarder avec le preneur de son : celui-ci était enthousiaste et il a admiré notre église !...

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Une porte, sur la droite du choeur, nous permet d'accéder à la sacristie : 4,25 x 4,90 m. Deux fenêtres donnent au Sud. A l'Est, des armoires de rangement. Deux statues posées ( Saint Remi et Vierge à l'Enfant ) attirent le regard ; à l'Ouest, d'autres armoires et une porte qui donne sur la place. Cette porte est, maintenant, condamnée.

En face de la sacristie, une autre porte ouvre la Chapelle des Châtelains de Chooz et, en contre-bas, la chaufferie. Le tout très encombré !... La bibliothèque, créée par le Père George à partir de 1964, est abandonnée !... Elle laisse entrevoir ce qui était, peut-être, la porte d'entrée des châtelains, orientée au Sud et précédée de 2 ou 3 marches. Quelques statues de plâtre (sans doute le paradis des Saints dont parlait le Père George ?)... C'est ce dernier qui a choisi les saints qui sont honorés dans l'église). Tout un bric-à-brac : les micros, le banc de Communion en morceaux, des chandeliers, etc... dans cet ensemble dit "Chape/le des Seigneurs" !... Le plancher dissimule-t-il les sépultures (3 en principe) des Seigneurs de Sugny, qui remontent à 1790 et 1819, 1841, 1871 (12). ?... Cette "chapelle" mériterait de faire l'objet de travaux de réaménagement !...

Il semble que la sacristie et la chapelle des Seigneurs soient plus récents que le choeur.

Poursuivons notre visite en descendant l'allée. trois statues en bois de chaque côté.

A gauche, St Fiacre ... mort vers 670 : un moine irlandais qui a émigré en France à l'époque mérovingienne. Il vécut en ermite et reçut des visiteurs. Il leur distribuait des consolations et de bons conseils ; il les nourrissait des légumes de son jardin. Chooz, protégé des vents et des gelées grâce à la configuration de son territoire, fut le "paradis" des maraîchers et des "femmes de Chooz". C'est, sans doute pour cela que Fiacre, fêté le 30 août, est vénéré par le village...

En face, St Nicolas , évêque de Myre (en Turquie) au IVe siècle... Patron de la Grèce, de Russie avec André... Son culte gagna l'Occident au XIe siècle quand ses reliques furent transférées de Myre à Bari (Italie)... "Il est, de temps immémoriaux, le patron des bateliers. (Dans la légende, les trois petits-enfants sont des "descendants" de trois marins pris dans la tempête ). Il a sa chapelle à Ham, au bord de la Meuse, à Revin et son culte dans de nombreux lieux où la navigation fluviale était difficile, comme ici près des rapides de Chooz" (13).

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A la suite de St Nicolas, St Hubert ... mort à Tervueren (Belgique) le 30 mai 727... Dans notre église, St Hubert porte la tête d'un cerf supportant une Croix entre ses bois. A la suite de cette rencontre, Hubert se convertit. Vers 705, il devint évêque de Tongres-Maestricht-Liège. En 825, une partie de ses reliques furent données à l'abbaye d'Audange (St Hubert- Luxembourg belge). Les chasseurs de Chooz ont voulu honorer leur patron, le 3 novembre 1998, au cours d'une bénédiction donnée par l'Abbé Rousseaux, prêtre de la Paroisse St Charles Borromée. Je dois dire que Jean Cabut, Président de l'Amicale des chasseurs au bois, avait particulièrement soigné la mise en valeur de la statue : fleurs, branches d'arbres des bois...

En face, St Antoine , 1195-1231... "un des plus grands orateurs que le monde ait connus"... Comme tout le monde, St François de Sales (1567-1622) l'invoquait pour retrouver les objets perdus...

A la suite de St Antoine, St Eloi ... vers 588-660... Il était orfèvre à Paris quand Clotaire II lui envoya de l'or pour faire un trône. Remarqué pour sa rigueur morale (il fabriqua deux trônes avec l'or qui lui avait été confié ), le roi le nomma "grand monétaire", chargé de frapper les monnaies. Et à la mort de Clotaire, Eloi devint le conseiller de Dagobert 1er. Il devint prêtre en 641 ; il est le patron des métallurgistes...

En face, St Roch ... né et mort dans la première partie du XIVe siècle... Au retour d'un long séjour à Rome, il fut atteint de la peste et se réfugia dans une forêt, près de Plaisance. Chaque jour, un chien venait lui apporter un pain dérobé à la table de son maître. Celui-ci le suivit et découvrit le malade. Il devint son ami et apprit de lui à changer de conduite. "C'est St Roch et son chien", dit-on de deux personnes qu'on voit toujours ensemble.

Le cimetière de Chooz se trouve auprès de la chapelle St Roch, magnifiquement restaurée.

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Je voudrais terminer la description de notre église par deux pièces de grande valeur :
    -un Christ en ivoire sur support de marqueterie (XVllle siècle),
    -un reliquaire qui contient de menus ossements de St Remi.
"Les véritables reliques de St Remi (qui sont à Reims) ont été conservées une nuit, lors de la séparation des Eglises et de l'Etat -loi de décembre 1905, dans l'église de Chooz, par le curé qui y accueillit le curé de St Remi de Reims : celui allait les mettre en sûreté à l'abbaye de Maredsous. Par la suite, il semblerait (tradition) qu'en remerciement, lorsqu'après la guerre de 1914-1918, les reliques de St Remi reprirent leur place à la basilique de Reims et donc, après qu'elles eurent été "reconnues", une parcelle d'ossement de St Remi fut donnée à l'église de Chooz, en souvenir de son saint patron qui y reposa une nuit sur la route de l'exil..." (14).

Voici venu le moment de "retisser" le fil qui unit Chooz à Stavelot (Belgique).

Eloi, ordonné prêtre en 641, devint évêque de Noyon-Tournai, en bordure de la forêt d'Ardenne. C'était la plus grande et la plus belle forêt d'Europe,... mais peuplée de chrétiens encore fort imparfaits... Ils assassinèrent deux évêques en moins de quarante ans !...

Sigebert III... (634-656), fils de Dagobert... et Eloi envoyèrent Remacle fonder l'abbaye de Corbion, près de Bouillon et les abbayes jumelles de Stavelot et Malmédy. La prospérité de celles-ci dura plus de dix siècles.

La religion chrétienne s'étend. Et les nombreux monastères créés adoptent la règle de St Benoît. Grâce aux monastères précédemment cités, les Ardennais ne manquèrent jamais de prêtres. De chasseurs et pêcheurs qu'ils étaient, ils devinrent des agriculteurs et finirent par devenir de bons chrétiens.

Sigebert III (le Saint), roi d'Austrasie, donna Chooz aux religieux de Stavelot. Une charte de Lothaire Il, du 13 avril 862, détaille le domaine de notre village (14).

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"Chooz, auquel le destin de Landrichamps fut uni, est l'un des plus anciens villages des Ardennes..." (15).

"Vers 882, les Normands, commandés par Godefroid et Sigefroid de Danemark, remontèrent le cours de la Meuse..." (15). En 883, l'Empereur Charles le Gros donna aux moines ardennais un refuge à Bogny (près de Rumigny).

Puis, les Bénédictins s'arrêtent à Chooz, sur leur route du retour, avec les reliques de St Remacle (mort vers 670). En attendant la reconstruction de leur monastère, "ils érigèrent une petite église et bâtirent le château ou demeure seigneuriale" (14). Il se trouve que Chooz avait été épargné par les Normands !... et préservé de la peste !...

Au début du Xe siècle, le château fut agrandi, fortifié ; l'église fut encastrée dans les bâtiments du château. Elle servit à la communauté de Chooz pendant de longs siècles (14).

Grâce au bon accueil et à l'obligeance de Monsieur et Madame Lévy- Morelle, l'une des deux familles propriétaires du château, j'ai eu la possibilité de visiter l'église primitive du village, et ceci en juillet 1998. Une porte d'accès, rue Paul-Emile Janson aujourd'hui, permettait de pénétrer dans l'église. Cette porte est encadrée de deux petites fenêtres. Des voûtes en bois donnent une belle hauteur à la nef ! Mises à part les fenêtres en ogive, sur la cour intérieure d'une part et, d'autre part, que l'on aperçoit de la rue en venant de la place, des fenêtres murées, il est difficile d'imaginer que l'on se trouve dans "notre" première église !... Elle a été désaffectée et en 1510, s'y trouvaient une écurie et une grange pavées... Il n'en reste pas moins que ce devait être une belle et haute église !

Monsieur Lévy-Morelle m'a signalé que, dans un couloir (en prolongement de l'église), se trouvent des dalles rectangulaires, numérotées en chiffres romains. "Ces dalles recouvrent-elles les sépultures de moines ?" C'est la question que se pose Monsieur Lévy-Morelle... En effet, il a remarqué des dalles identiques au prieuré d'Anseremme.

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L'Abbé Antoine signale "l'existence d'un monument sacré en 1162" (16). S'agit-il de l'église du village qui a été détruite pendant la guerre de Trente Ans (1635- 1651) ?...

L'église d'aujourd'hui aurait été reconstruite vers 1650. Un membre de la famille Barquin a particulièrement contribué à cette reconstruction, grâce à sa générosité (10).

Une copie d'un document "Charte de Chooz" datée du 29 janvier 1601 et certifié reproduction littérale d'un semblable document datant du 22 août 1372 rappelle que l'Archevêque de Cologne, Ernest, prince-évêque de Liège (avec bien d'autres titres honorifiques ! ) a tenu à préciser toutes les redevances de Chooz : pêcherie, rentes et revenus, etc... envers la principauté de Stavelot.

En 1768, l'évêque de Liège rachète les biens des religieux de Stavelot. A la suite du traité des limites du 24 mai 1772, entre l'évêque-souverain de Liège et le roi Louis XV, le territoire de Chooz est cédé à la France, au même titre que Ham, Hierges, Aubrives et Vireux.

Et c'est ainsi que notre église fut le témoin de la Révolution française ! Et si, en 1779, le Seigneur de Chooz doit fournir à l'église le pain et le vin, les chandelles du St Feu, les aubes, chasubles, nappes, etc..., le 17 et 18 nivose de l'an III, les objets mobiliers, chasubles, etc... ont été vendus aux enchères, les vases sacrés emportés !... Il semble que ne se soit jamais déroulé de cérémonie en l'honneur de la déesse Raison.

La religion est restaurée sous Napoléon. Sous la Restauration des Bourbons, Monsieur de Sugny, devenu maire en 1816, jura fidélité à Louis XVIII.

Bon an mal an, notre église, Maison de Dieu, rassemble les Calcéens dans leur vie de famille... moments de joie ! moments de tristesse !...

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Nous voici, à nouveau, sur le parvis. Avec l'entrée de l'école en face, la mairie sur le côté gauche de l'église, le village vit au rythme des activités des jeunes et des moins jeunes... En nous éloignant, un dernier regard nous rappelle que le coq en haut de la flèche, est relativement récent !... Le précédent a été acheté aux enchères, à J'occasion d'une kermesse du Père George, par Jean Jugie... aux alentours de 1970. Je n'ai pas pu retrouver la date exacte...

Longtemps encore, l'église rappellera à tous que les Calcéens ont toujours fait preuve d'un sens religieux...

Nous venons de "visiter" l'église, telle qu'elle se présente à l'approche du troisième millénaire... Merci de me signaler toute erreur relevée dans cet essai...

Je remercie Denis Méline, animateur Culture et Loisirs à l'origine de cet essai, et Michèle Marquet, maire de Chooz, de m'avoir encouragée...
J'exprime, ici, toute ma gratitude envers Monsieur et Madame Lévy-Morelle : ils m'ont fait confiance en me faisant visiter une partie de leur château.
Merci à toutes les personnes, qui ont bien voulu me soutenir dans mes recherches.

Bibliographie :

     "Ardenne wallonne",
     Archives de la Mairie de Chooz,
     Archives Jean Jugie,
     "La fleur des Saints" (Orner Englebert -Editions Albin Michel)


Mars 1999     
Mme TOZZINI