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Géologiquement parlant, l'Ardenne est une et se joue des frontières. Le massif
ardennais est aussi bien français que belge.
Cependant, l'histoire et l'administration ont créé, après la Révolution
française, un département des Ardennes multiple et pluriel, qui ne respecte pas
la géomorphologie.
Si les Ardennes françaises n'englobent pas toute l'Ardenne, elles sont en
effet composées d'autres réalités géographiques. Elles sont le fruit d'au moins
trois grandes unités : les terres crayeuses du sud ne sont que le prolongement
de la Champagne, la région des crêtes pré-ardennaises sont issues de
l'affaissement du bassin parisien et le triangle compris entre Sedan, Rocroi et
Givet constitue véritablement le plateau forestier de l'Ardenne française. Un
plateau forestier traversé par les méandres de la Meuse. Après y avoir
longuement musardé, le fleuve s'échappe ensuite vers la Belgique.
C'est là, dans le dernier méandre, avant la frontière, au coeur de l'Ardenne, que
se situe le village de Chooz.
De ce site privilégié, Chooz a toujours su tirer avantage.
Délimité par la forêt au sud, par une barrière rocheuse à l'est et par les
carrières de pierres bleues au nord, Chooz apparaît comme un havre de paix au
sein d'un environnement naturel réservé. Dans le passé, cette position lui a
largement épargné des invasions et des épidémies. Aujourd'hui, le territoire de cette
commune constitue un royaume généreux pour la chasse et la pêche. De tout
temps, le climat local y a aussi favorisé une culture maraîchère réputée.
On ne connaît pas avec précision les origines de Chooz, dont la toponymie
demeure un peu énigmatique. Le village, auquel on attribue des origines
mérovingiennes, est en tout cas l'un des plus anciens des Ardennes.
Son histoire est étroitement liée à celle de l'abbaye belge de Stavelot. On
raconte que, suite aux invasions normandes de 670, les moines de cette abbaye,
au retour de leur retraite forcée en Thiérache, firent halte sur les terres qu'ils
possédaient à Chooz. Ils transportaient avec eux le corps de Saint-Remacle, le
fondateur de leur ordre. Afin de mettre un terme aux famines et aux épidémies
qui suivirent les invasions normandes, les populations environnantes vinrent en
nombre implorer leur nouveau protecteur. Depuis cette époque, Chooz demeura
longtemps un lieu de religion et un domaine agricole prospère.
Il y a à peine une quarantaine d'années, Chooz était encore célèbre dans toute
la région pour la qualité de ses maraîchages et de ses vergers.
Les femmes vendaient leurs productions de légumes et leurs plants à repiquer sur tous les marchés des villes et villages voisins. Les hommes étaient bien souvent des double-actifs, partageant leur temps entre l'usine et le jardin. Ils cultivaient des parts de terre communale qui leur étaient octroyées lors de leur mariage (6 parts de 6 ares environ). Ces parcelles, très fertiles, émanaient d'une donation de l'abbaye de Stavelot au village.
Voilà sans doute pourquoi, aux yeux des Calcéens, le bonheur fut longtemps dans le champ. La vie quotidienne des habitants a toujours été organisée en fonction de cet environnement si particulier. Cette terre nourricière leur a donné le sens du contact intime et respectueux avec la nature.
On peut aujourd'hui encore voir dans le paysage, dans la distribution de
l'espace urbain la trace des ces modes de vie ancestraux. Chaque partie du
territoire communal avait un rôle économique et sociologique bien défini. Des
pratiques et des coutumes anciennes continuent du reste de s'y inscrire.
L'histoire et la géographie ont ici partie liée. Et c'est dans cette conjugaison
du temps et de l'espace que l'on peut approcher la réalité, l'identité profonde
du village de Chooz.
L'implantation récente de centrales nucléaires constitua un événement majeur.
Elle vint quelque peu bouleverser cette organisation spatio-temporelle. Mais le
pari de Chooz a consisté à marier tradition et modernité, haute technologie et savoir-faire ancestral, atome et jardinage.
Le programme "Chooz Village Numérique", formidable défi à l'avenir, s'inscrit dans cette
modernité, sans faire table rase du passé. Les outils technologiques les plus
avancées sont mis au service des Calcéens qu'ils puissent s'approprier les
modes de communication de demain tout en cultivant leur histoire et leur
origine.
Internet et Intranet s'affichent ici comme de nouveaux moyens de citoyenneté.
Alphonse Allais rêvait de mettre les villes à la campagne, Chooz rêve de
mettre le monde sur les lucarnes et beuquettes de chaque villageois. Un rêve
qui devient aussi réel et tangible qu'un bloc de pierre bleue.
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